La thermorégulation du chien

 

 

 

Auteurs :        Dr LOTH-BALZER Annabelle, vétérinaire

Dr BALZER Alexandre, vétérinaire

 

 

La thermorégulation est une adaptation automatique de la température centrale, c'est-à-dire de la température moyenne au centre du corps. Cette température varie avec l’espèce, la race, l’âge, le cycle sexuel et bien évidemment les maladies concomitantes. Normalement, les chiens ont la faculté de corriger leur température centrale de façon active dans des limites de variation, qui n’excèdent pas +/- 2°C, la température rectale étant physiologiquement comprise entre 38,2 et 38,7 °C

 

 

Les chiens sont des animaux dits endothermes, c'est-à-dire qu’ils ont une température interne stable, indépendamment de la température extérieure. Le maintien de cette température (ou homéothermie), conditionne les activités biologiques de l’organisme. Et résulte d’un juste équilibre entre la production de la chaleur (phénomène de thermogenèse) et la déperdition de celle-ci (phénomène de thermolyse). Lorsque la thermogenèse excède la thermolyse, l’animal est en hyperthermie : il a de la fièvre. Lorsque la thermolyse excède la thermogenèse, l’animal est en hypothermie.

 

LA LUTTE CONTRE LE FROID

 

Le chien peut lutter contre le froid en augmentant sa thermogenèse et en limitant la thermolyse.

 

Augmenter la thermogenèse :

Pour lutter contre le froid et augmenter la production de chaleur, le chien va tout d’abord se mettre à bouger. En effet, au repos les muscles interviennent pour environ 20% dans la production de chaleur, contre 90% lors d’une activité physique. Bouger est donc le premier moyen d’augmenter sa température. Par la suite, le chien va se mettre à frissonner. Ces contractions brèves, rapides et involontaires permettent d’augmenter jusqu’à quatre fois la production de chaleur, et ce de façon très rapide.

A ces phénomènes mécaniques, s’ajoute une thermogenèse métabolique. En effet, lors d’une exposition brutale au froid, il y a dans l’organisme une décharge d’adrénaline, ce qui a pour effet d’augmenter l’activité cellulaires et donc la production de chaleur. Lorsque le chien est soumis à une diminution progressive de la température, (comme en hiver par exemple), cela entraîne une augmentation de la production d’hormones thyroïdiennes, avec pour conséquence une augmentation du métabolisme, d’où production de chaleur.

 

Diminuer les pertes de chaleur :

Les pertes de chaleurs vont augmenter dès lors que la température ambiante va diminuer. Ces déperditions vont se faire par radiation, par convexion et par conduction. Le chien va donc s’adapter et divers mécanismes vont être mis en place afin de limiter au maximum ces pertes.

Les adaptations physiologiques : Lorsque la température est basse, les pertes par évaporation d’eau sont restreintes. Ce sont les pertes par radiation et par conduction qui vont être importantes. Dès lors, l’organisme va limiter l’apport du sang aux extrémités du corps. C’est le phénomène de vasoconstriction. Le débit sanguin est conservé dans les membres mais le retour du sang se fait par des veines profondes et non par les veines périphériques afin de limiter les pertes de chaleur.

 

 

 

 

 

 

 

 

La baisse de la température ambiante est l’une des causes d’hypothermie.

 

 

Les adaptations anatomiques :

Le pelage constitue un excellent isolant thermique. Cette isolation est bien entendu plus efficace si le pelage est épais et dense, c'est-à-dire capable de retenir une couche isolante d’air. C’est ainsi que le pelage d’hiver est toujours plus fourni que celui d’été.

La couleur est aussi un facteur important. Les couleurs sombres absorbent mieux les radiations solaires et permettent ainsi une élévation de la température de la couche d’air isolante par beau temps.

Les adaptations corporelles :

L’orientation du corps face au vent ou face au soleil, le regroupement des animaux ou l’enfouissement en boule constituent des moyens de lutter contre les déperditions de chaleur.

 

 

 

 

LA LUTTE CONTRE LE CHAUD

 

Faciliter la thermolyse :

L’évaporation constitue le mécanisme le plus important pour la déperdition de chaleur. Elle se réalise soit par sudation (très faible chez le chien) et par halètement (le chien respire alors plus vite). Chez les carnivores la sudation est limitée car les glandes sudoripares sont peu nombreuses et toutes regroupées à la pulpe digitale (i.e. entre les coussinets). Le halètement est lui parfaitement efficace par temps sec. En effet, l’évaporation est d’autant moins importante que le taux d’humidité ambiant est élevé.

Par ailleurs, les pertes de chaleurs par conduction et radiation sont facilitées. En effet, on note alors une augmentation du débit sanguin cutané. Les échanges thermiques sont alors maximisés. Cette fois, le retour veineux au sein des pattes se fait par les veines périphériques et non par les veines profondes.

 

 

 

 

  

 

 

En plein soleil, l’organisme lutte pour diminuer la production endogène de chaleur tout en essayant d’augmenter les pertes par une ventilation accélérée.

 

 

 

 

Réduire la thermogenèse :

            Cette réduction est essentiellement d’origine comportementale : le chien va s’orienter vers des endroits frais et à l’ombre. De plus, il évite de se nourrir dans les heures les plus chaudes, puisque les mécanismes de digestion vont produire de la chaleur à l’intérieur du corps.

 

 

 

 

L’équilibre thermique est ainsi le résultat d’un équilibre entre les gains et les pertes de chaleur. Chez le chien, la température corporelle est maintenue vers 38.5°C. Tout écart de température signe un affaiblissement de l’animal et un défaut de la régulation thermique interne. En dehors de causes évidentes (canicule ou froid sibérien), il est important de consulter son vétérinaire, l’organisme ne tolérant que très peu les écarts.

 

 

 

 

 

 

 

 

Prévenir les accidents

 

            Certaines maladies altèrent beaucoup l’état général de l’animal et donc l’expose rapidement à des problèmes de thermorégulation. De plus un animal malade est rapidement affaibli, se déplace peu, mange moins… tous ces facteurs limitent encore plus ses capacités réactionnelles, d’où l’intérêt de placer un animal malade dans un abris chaud, de le sécher si besoin et bien entendu de la placer à l’abris des courants d’air.

 

            Les maladies influençant la thermorégulation :

Risque d’hypothermie : hypothyrpïdie, anémie (hémorragie), animal choqué, traumatisme lors d’un accident, insuffisance rénale, septicémie, hypoglycémie…

Risque d’hyperthermie : maladie virale, infection bactérienne, parfois parasitaire (piroplasmose…), certaines tumeurs…

 

            Le coup de chaleur

Il survient essentiellement chez des animaux exposés à une température très élevée (comme dans une voiture au soleil par exemple). Les sujets souffrant de problèmes respiratoires chroniques sont plus sensibles car ils ont plus de mal à évacuer la chaleur par le halètement.

Principaux symptômes : augmentation de la température rectale, augmentation de la fréquence respiratoire, convulsions, coma (l’évolution vers l’arrêt cardio-respiratoire survient rapidement)

Premiers gestes : tremper progressivement le chien dans de l’eau froide mais non glacée, attendre que la température rectale soit redescendue à 39 ou 39,5°C. Il est parfois indispensable de réaliser une réanimation plus poussée avec une perfusion et des médicaments visant à limiter les répercussions cellulaires de cette montée de température.

 

            L’hypothermie

Les jeunes voire les très jeunes animaux sont extrêmement sensibles aux températures extérieures froides. Le réchauffement par des lampes est indispensable pour les nouveaux nés.  Il est important de ne pas laisser les chiens au froid, ceci ralentissant leur récupération et peut provoquer chez eux une hypothermie.

Premiers gestes : réchauffer l’animal en augmentant la température environnante et en frictionnant l’animal. Il est possible aussi de lui faire boire de l’eau sucrée.

 

 

 

 

  

 

 

Les chiots sont particulièrement sensibles à l’hypothermie. C’est pourquoi les lampes infra-rouge sont indispensables au dessus des nouveaux-nés.